Retour vers le passé

En farfouillant dans une vieille bibliothèque mon oeil fut intrigué par une ancienne revue qui avait "L'invasion des soucoupes" en couverture. Historia est une revue consacrée au passé, et dans ce numéro 368 de juillet 1977 Charles Garreau retraçait les débuts de l'épopée ufologique.
De Kenneth Arnold et des premiers témoignages au projet Blue Book, l'article raconte comment dans un climat de guerre froide le gouvernement américain passa de la recherche sur le phénomène à la désinformation la plus officielle.


Il y a trente ans

L'invasion

des

SOUCOUPES


JUILLET 1977 N°368


Quand passent les soucoupes

Par Charles Garreau.

En 1944, l'état-major de l'armée de l'air allemande créa le premier organisme officiel chargé de réunir les témoignages de pilotes de guerre évoquant des lumières ou des objets volants d'origine et de comportement inconnus. Mais c'est il y a exactement trente ans que débuta la grande invasion des O.V.N.I. (objets volants non identifiés) et que naquit, pour les désigner familièrement, L'expression « soucoupe volante ». Depuis, on a recensé près de cent mille cas d'observation provenant de tous les pays du monde. Des millions de personnes de tout niveau social ou intellectuel ont vu ou cru voir des O.V.N.I, Charles Garreau, qui a consacré plusieurs livres au su jet, nous raconte comment le phénomène commença à prendre en 1947 une ampleur qui n'allait cesser de grandir.

Je viens de voir de drôles d'engins au- dessus du mont Rainier : On aurait dit des soucoupes avançant sur l'eau...
Sur le terrain de Yakima (Idaho) où il vient de poser son avion personnel, Kenneth Arnold est encore sous le coup du spectacle insolite dont il a eté le temoin quelques instants plus tôt. Aux mécaniciens et aux autres pilotes qui se sont groupés autour de lui, il fait le récit de son étrange rencontre :

- En début d'après-midi, j'ai décollé de Chehalis pour venir ici. Vers 15 heures, je suis arrivé à hauteur des premieres montagnes Rocheuses, là où un C 46 du Marine Corps a disparu il y a quelques jours. J'ai décidé de le re- chercher pendant un moment. Je suis monté à 10 000 pieds (environ 3 500 mètres) de façon à pouvoir scruter les crevasses géantes dans lesquelles I'avion s'est peut-être abîmé.
«J'étais en train d'observer le sol, quand brusquement mon attention fut attirée par une série d'eclats lumineux sur ma gauche. Cherchant ce qui pouvait les provoquer, j'ai aperçu neuf objets trés brillants, en formes de disques. J'ai estimé leur longueur à une quinzaine de mètres.


Ils sont passés du nord au sud, sur l'avant de mon avion. Ils volaient en échelon inversé (C'est à dire que la formation volait en escalier, le premier appareil se trouvant à l'altitude la plus élevée.). En avançant, ils serpentaient entre les pics. A un moment, ils ont disparus derrière l'un deux. "Chacun avait un mouvement sautillant, analogue à celui d'une soucoupe avançant sur I'eau. J'ai estimé qu'ils se trouvalent a une vingtaine de milles. En notant sur ma carte leur position par rapport à la mienne, et leur déplacement pendant le temps où je les ai observé, j'ai calculé qu'ils avaient parcouru 41 milles en 102 secondes, temps indiqué par mon chronomètre de bord. Ce qui donne une vitesse de 2 700 km/heure !...
Quelques heures plus tard, le récit de Kenneth Arnold tombe sur les téléscripteurs de tous les journaux et de toutes les radios américaines sous le titre : un pilote a rencontré des soucou- pes volantes!
En ce 24 juin 1947, une expression célèbre vient de naître, que l'on retrouvera bientôt traduite dans toutes les langues du monde. Pour- tant ce n'est pas la première fois qu'un mysterieux objet céleste est comparé à cette banale pièce de vaisselle : le 14 août 1863, la Gaceta de Madrid relate ainsi une observation qui a fortement intrigué les Madrilenes deux jours plus tôt:
" Une sorte de soucoupe lumineuse, rougeatre, surmontée d'une coupole flamboyante, a été aperçue avant-hier soir à l'horizon, dans le ciel de Madrid, du coté de l'est. Après être resté longtemps immobile, l'engin s'est déplacé avec rapidité, horizontalement et verticalement, dans plusieurs directions, avant de disparaître à l'horizon..
Quinze ans plus tard, le 25 janvier 1878, un fermier texan, john Martin, va raconter une observation qui l'a fort troublé au quotidien local, le Daily News, de Denson. Le journal la relate sous le titre : Un étrange évenement :

M. John Martin, un fermier qui habite à quelque six milles dans le sud de notre ville nous a fait part de l'étrange histoire que voici : mardi matin, tandis qu'il chassait, son attention fut attiré par un objet assez élevé dans le ciel, Vers le sud. La forme particulière de cet objet et la vitesse avec laquelle il approchait le frappèrent et il fit tous ses efforts pour mieux le distinguer.
Au moment où il l'avait aperçu, cet objet avait sensiblement la grosseuret la couleur d'une orange. Il continuait a grossir. M.Martin se fatigua la vue à force de le regarder, et il en detourna le regard un instant afin de reposer ses yeux. lorsqu'il le rechercha de nouveau, l'objet était presque à la verticale. Ses dimensions avaient augmenté considérablement et il paraissait avancer avec une rapidité prodigieuse.


Quand il passa au-dessus de moi, nous a précist M. Martin, l'objet avait à peu près la forme et les dimensions d'une grande soucoupe. Il se trouvait manifestement a très grande altitude. I1 disparut aussi vite qu'il etait apparu. »
Les Madrilènes de 1863, le fermier texan de 1878, Kenneth Arnold ne se sont pas concertés pour comparer les engins qu'ils ont vus et qui devaient être fort semblables à des soucoupes.
Mais si les deux premières observations avaient rapidement sombré dans l'oubli la troi- sieme, celle de ce 24 juln 1947, est entré dans l'histoire de l'humanité, révélant brusqument que l'ère des contacts interplanétaires venait peut-être de s'ouvrir.

Le récit de Kenneth Arnold est accueilli à I'A.T.I.C., avec scepticisme. Mais aussi avec une certaine inquiétude. L'A.T.I.C. (Air Tech- nical Intelligence Center) est en quelque sorte le Deuxième bureau de l'U.S. Air Force. Il est chargé d'obtenir des renseignements sur les avions et les engins téléguidés étrangers. Il est installé à la base Wright-Patterson, à Dayton, dans I'Ohio.

Qui a raison ?

Deux camps se forment aussitôt parmis les techniciens. Pour les uns, Arnold a simplement vu des avions à réaction ordinaires, volant en formation :
"Normalement, expliquent-ils, l'oeil humain ne peut distinguer un objet dont l'angle sous- tendu est inferieur à deux dixièmes de secondes d'arc."

Leurs raisonnement est donc le suivant : puisque Arnold estime que ces objets avaient une quinzaine de mètres de long, ils étaient en réalité beaucoup plus rapprochés qu'il ne l'a cru, sans quoi il ne les eût pas distingués : une quinzaine de kilometres et non 30 ou 40. Le calcul de leur vitesse est donc erroné : ils ne volaient pas à 2 700 km/heure, mais à 650, c'est-à-dire à la vitesse de croisière d'un avion à réaction.


Si les objets ont paru avoir un mouvement sautillant, c'est parce qu'Arnold les a vus à travers des couches d'air surchauffé. La déforma- tion est analogue à celle produite par l'air chaud s'élevant d'une route par grand soleil.
L'autre camp voit l'affaire sous un éclairage tout différent, et ne cache pas son inquiétude devant les performances des engins aperçus par Arnold : «Celui-ci connaissait la position des objets quand il les a repérés. Il a l'habitude de voler au-dessus des montagnes. La région du mont Rainier lui est familière. Il a vu les engins disparaître derrière un pic. C'est la preuve formelle qu'ils se trouvaient bien à la distance es- timée par lui. Donc la vitesse calculée de 2 700 kmlheure est également exacte.
« D'autre part, aucun avion connu n'est capable de serpenter entre les pics comme l'ont fait les engins. En reprenant l'argument de l'acuité visuelle, ces objets, discernables à une distance de 30 à 40 kilomètres, avaient donc au minimum une soixantaine de mètres de longueur ou de diametre. Sur ce point seulement, Arnold s'est trompé. »

Et certains n'hésitent pas à penser que Kenneth Arnold a aperçu des engins interplanetaires :
« Des objets de cette dimension, capables de telles évolutions et de teles performances, dépassent de très loin les possibilités actuelles de la technologie terrestre. »
Une enquête générale auprès de toutes les bases de I'U.S. Air Force confirmera par la suite qu'aucune formation d'appareils militaires n'évoluaient dans cette région le 24 juin.


Mais, le soir même, le récit de Kenneth Arnold est authentifié de façon inattendue, alors que ni la radio ni la presse n'ont encore diffusé la nouvelle : un prospecteur de Portland (Oregon), Fred Johnson, qui avait passe la journée dans cette même région montagneuse, rentre au bureau de sa compagnie minière. Et il raconte à son chef, presque avec les mêmes mots que Kenneth Arnold :
- J'ai vu des drôles d'engins cet après-midi : cinq ou six disques qui allaient vers le sud. Je n'ai pu les observer que quelques secondes, mais j'ai constaté que l'aiguille aimantée de ma montre speciale avalt brusquement des battements assez amples !
Fred Johnson avait vraisemblablement aperçu une partie de la formation de neuf disques repérée par Kenneth Arnold : les engins se dirigeaient aussi vers le sud.

le ciel est envahi!

Et les informations vont se multiplier au cours des jours suivants : Le 28 juin, vers 15h15, à bord de son f-51, un pilote qui vole près du lac Meade, dans le une formation de 5 à 6 objets circulaires sur sa droite. Ils disparaissent à une vitesse fantasti- que.

Six heures plus tard, alors que la nuit tombe sur la base aerienne de Montgomery, dans 1'Alabama, deux pilotes et deux officiers des renseignements voient surgir dans le ciel une lumière trés brillante. Venant de I'horizon, elle avance en zigzag, poussant des pointes de très grande vitesse. Parvenue à la verticale de la base, elle opère un brutal changement de cap à 90° et disparaît rapidement vers le sud.


La même nuit, une habitante de Milwaukee voit passer " dix flammes bleus " au-dessus de sa maison: "Elles allaient vers le sud", précise-t-elle.
A Clarion, dans 1'Iowa, un conducteur d'autobus voit un objet lumineux qui dechire la nuit, suivi en quelques secondes par douze autres. Devant cet afflux soudain de témoignages, 1'A.T.I.C s'inquiète et enquête. De jour en jour le dossier s'alourdit. Le 4 juillet, c'est un vérita- ble «festival soucoupes. qui se déroule audessus de Portland.
La représentation commence vers 11 heures du matin: un premiei disque traverse le ciel près du mont Jefferson. A 13 h 05, un policeman, qui se trouvait dans le parc à autos du commissariat central, rentre au poste comme un bolide et bredouille :

- Je ne sais pas ce que je viens de voir! C'est fantastique! Les pigeons se sont brusquement affolés. J'ai regardé en l'air ce qui les effrayait : je n'ai eu que le temps d'apercevoir cinq disques énormes, dont deux se dirigeaient vers le sud et trois vers l'est, à une vitesse incroyable· Ils paraissaient osciller autour de leur axe. Je n'ai jamais rien vu de semblable !
Ses collègues ont à peine le temps de le «mettre en boîte» que le té1éphone sonne: deux autres policemen, tous deux anciens pilotes, en patrouille, signalent qu'ils viennent d'apercevoir trols disques argentés volant en file.


Du coup, les plaisanteries s'arrêtent. D'autant mieux qu'un nouvel appel téléphonique arrive :
du port, quatre hommes en patrouille signalent avoir obseré quatre a six disques « ayant la forme d'enjoliveurs chromés, qui se deplaçaient rapidemement, en oscillant 1égerement. A 16 h 30, une femme téléphone : elle vient de voir passer dans le ciel quelque chose qui ressemblait à une pièce neuve d'un dixième de dollar. Un homme en signale deux, l'un allant vers le sud-est, l'autre vers, le nord-est. Par la suite, on apprendra que des centaines d'habi- tants de Portland ont vu des disques.
La nuit suivante, I'équipage d'un avion des United Airlines, qui se trouve près d'Emmel, dans 1'Idaho, en aperçoit cinq :
« Ces engins, écrivit-le pilote dans le rapport qu'il adressa a I'A.T.I.C., paraissaient minces et lisses à leur face inferieure, et rugueux sur le dessus. Ils se silhouetterent au soleil couchant peu apres notre decollage de Boise, à 20h04.
« Nous avons pu les voir très nettement, car nous les avons suivis pendant 70 km environ, en direction du nord-est. Ils disparurent alors sans que nous puissions expliquer comment. Nous ne pouvons dire, non plus, s'ils étaient ronds, ovales ou d'une forme analogue... »
Chaque journée de ce mois de juillet apporte son lot de témoignages. On peut dire que le ciel de l'ouest des états-Unis est envahi par les « soucoupes volantes, que les militaires amé- ricains viennent de rebaptiser: U.F.O. (Unidentified Flying Object : objet volant non iden- tifié, qui se traduira plus tard, en France, par I'abréviation O.V.N.I.).

elle voit des petits hommes !

Devant cette avalanche de rapports, les spécialistes de I'A.T.I.C. sont perplexes. Ils le seraient bien davantage s'ils avaient alors connaissance d'un étrange evenement swrvenu en France, au début de ce mois de juillet 1947, prés de Rouen, et que la jeune femme qui en fut témoin ne raconta que plus tard: le premier atterrissage avec apparition d'humanoïdes de l'ère des soucoupes volantes.
Mme S... circulait à velo sur la route qui longe la Seine, entre Rouen et Amfreville-la-Mi-Voie. Elle raconte :


« I1 était environ 15 heures. Unne belle journée d'été. Pas un nuage. J'arrivais à 2 km d'Amfrevilie. Sur la route, assez loin, je distinguai soudain un objet d'allure tout à fait,insolite. Je m'en approchai jusqu'à une centaine de mètres. Je me rendis compte, à ce moment, qu'il s'agissait d'un engin allongé, ovale, de couleur gris mat, posé a même. le sol. I1 avait environ 3 mètres de long, et 1.5 m de haut en son point le plus epais.
"A ma grande stupéfaction, j'aperçus près de cet engin deux petits "êtres" dont la taille atteignait à peine un mètre. Ils portaient d'etranges vetements gris, et une coiffure sans rebord, grise également. Ils me semblèrent très affairés.
« J'étais descendue de vélo, et je contemplais, interloquée, ce spectacle absolument hors de l'entendement. Presque machinalement, j'actionnai mon timbre avertisseur. Les deux creatures se retournèrent et me virent. Ils se préçipitèrent vers l'appareil et s'y engouffrèrent par une ouverture circulaire, située à peu près au quart de la partie inférieure, et qui me parut avoir environ 50 centimètres de diamètre. «L'engin s'éleva alors rapidement, jusqu'à une centaine de mètres, puis il s'immobilisa quelques instants, en oscillant sur lui-même. Soudain, il démarra comme une flèche en direction de Sotteville. A aucun moment je n'avais entendu le moindre bruit... »

La tragique mystification de l'île Maury.

Le 31 juillet 1947 marque une autre date dans l'histoire des «soucoupes volantes» celle de la première tentative de mystification. Ce fut "l'affaire de l'île Maury ",· et son dramatique denouement.
Ce jour-là, le lieutenant Frank Brown, officier de renseignements à la base d'Hamilton, en Californie, reçoit un coup de téléphone de l'un de ses informateurs :

- J'ai un bon tuyau pour vous : je suis en rapport avec deux policiers du port de Tacoma. L'un d'eux a vu six U.F.O. au-dessus de son embarcation. I1 a récupéré quelques morceaux de métal largués par l'un des engins.
Moins d'une heure plus tard, le lieutenant Brown décolle de la base d'Hamilton à bord d'un B-25. Le capitaine Davidson l'accompagne. Dès leur arnvée à Tacona, ils se rendent à l'hôtel où leur informateur leur a donné rendez-vous :


- Un éditeur de Chicago, a qui j'avais parle de l'affaire, m'a charé de faire une enquête com- plète et de lui en réserver l'exclusivité. Il m'a remis un cheque de 200 dollars à l'appui, explique l'informateur aux deux officiers.
I1 ajoute :
- Je me suis très vite rendu compte que c'etait une histoire trop délicate. C'est pourquoi je préfère m'effacer derrière les autorités militaires.
Quelques instants plus tard, les deux policiers arrivent à leur tour. Rapides présentations. L'un d'eux prend la parole :
- ça s'est passe en juin, il y a environ six semaines. Je patrouillais près de I'île Maury, à 5 km environ de Tacoma. A bord de la vedette, il y avait l'équipage normal plus mon fils et son chien. Le temps etait gris. Le plafond relative- ment bas, à peine 700 metres. Soudain, l'un d'entre nous a repére six objets, sous les nuages. Ils venaient droit sur nous.
« Arrives à la verticale de notre embarcation, ils se sont arrêtés. Ils etaient a 150 mètres environ. C'était des disques d'une trentaine de mètres de diamètre. Ils etaient argentés. Ils allaient de grands hublots tout autour. Ils ne faisaient aucun bruit.
« Un de ces disques paraissait en difficulté. Les autres toumaient autour de lui. A un cer- tain moment, l'un de ceux-ci se rapprocha jusqu'à le toucher. Ils restèrent ainsi immobiles pendant quelques minutes. Puis ils se séparèrent, avec un bruit sourd.
« Au même moment, des morceaux d'un métal extrêmement léger se détachèrent du disque qui venait d'être " dépanné ". Ils tombèrent dans l'eau, tout autour de la vedette, et sur le rivage de l'île. L'un d'eux blessa mon fils au bras. Un autre tua son chien, et notre embarcation fut sérieusement endommagée. Pendant ce temps, les six disques s'étaient éloignés à grande vitesse.
« Nous avons gagné I'île le plus rapidement possible. J'ai ramassé des débris de métal, tandis que mon opérateur radio tentait de deman- der du secours au poste de police de Tacoma. Mais une interférence inexplicable l'en a empêché. Quand j'ai raconté l'histoire à mon chef, un peu plus tard, il n'a pas voulu me croire. I1 a fallu qu'il aille sur l'île et qu'il voie les fragments de métal. »
Le capitaine Davidson et le lieutenant Brown poserent alors un certain nombre de questions au policier. Puis ils prirent congé, sans commentaires, mais en refusant d'emporter des fragments de métal. Ils rejoignirent rapidement la base de McChord, près de Tacoma, où ils avaient laissé leur B-25. Leur opinion était faite : cette histoire n'était qu'une mystification.

L'avion s'écrase

Avant de décoller, ils le dirent à I'officier de renseignements de la base. Quelques heures plus tard, le B-25 s'écrasait près de Kelso, dans l'état de Washington. Seuls deux membres de l'équipage réussirent à sauter en parachute. Davidson et Brown, n'eurent pas le temps de quitter I'appareil avant qu'll ne percute le sol et explose.
La presse et la radio s'emparèrent de l'affaire; ignorant les confidences faites par les deux officiers à leur collègue de McChord, elles affirmèrent que l'avion avait été saboté parce qu'il transportait un matériel ultra-secret : des débris de soucoupe volante. Ainsi naquit la légende de l'île Maury.

Il s'agissait bien d'une tentative de mystifica- tion. Le capitaine Edward Ruppelt, qui dirigea plus tard le « Project Blue Book » l'a confirmé dans « the Report on unidentified Flying Objects »
« Cette histoire, écrit-il, n'était qu'une mystification, peut-être la meilleure, mais en tout cas la plus sordide de toutes celles enregistrées dans les annales des U.F.O. Les deux policiers ont avoué que les morceaux récuperés n'avaient rien de commun avec les soucoupes volantes: ce n'était que des scories.
« L'envoi de fragments au rédacteur en chef d'un magazine, accompagné du recit inventé de toutes pièces, fut une farce : un des policiers écrivit à ce journaliste que la pièce pouvait provenir d'une soucoupe volante parce que c'etait ce que celui-ci désirait entendre...
La plaisanterie avait malheureusement échappé à leur controle. Mais on ne pouvais leur imputer la mort des deux officiers ni la perte du B-25. C'est pourquoi le gouvernement renonça à engager des poursuites contre eux. De même que contre l'informateur, dont la bonne foi, dans toute cette affaire. avait été entière. »
L'émotion soulevée par l'affaire de l'île des Maury est à peine apaisée que de nouveaux témoignages viennent confirmer la presence bien réelle de mystérieux engins dans le ciel des Etats-Unis.
Ainsi le 13 août, le passage d'un disque audessus de l'Idaho donne lieu a un phénomène étrange, mais qui sera souvent observe par la suite. Bien que l'engin passe à haute altitude, la cime des arbres est violemment tordue « comme Par un ouragan », diront les temoins.

Russes ou extra-terrestres ?

Devant I'afflux des témoignages qui lui parviennent, le directeur de 1'A.T.I.C. adresse un rapport au général commandant 1'U.S. Air Force :
"Les phénomènes signalés sont bien réels", écrit-il. Et il propose la creation d'un bureau spécial permanent pour s'occuper de cette étude. Il estimait que ses spécialistes pourraient répondre, en six mois ou un an tout au plus, à la question : "Que sont les UFO ?"
«L'existence de ceux-ci n'était même plus contesté. Pour l'A.T.I.C., l'unique problème était de savoir si ces objets, qui violaient impunement l'espace aérien américain, avaient une origine russe ou provenaient de l'espace interplanétaire.

« Dans les deux cas, il fallait observer le secret le plus absolu, écrit Ruppelt. A partir de cet instant, seuls quelques officiers de grade élevé, au "Pentagone", furent désormais tenus au courant. La situation était jugée serieuse, tres serieuse même. Les autorités désiraient une solution rapide à toutes les enquêtes. Or, il existait autant de théories que de personnes. Elles pouvaient cependant se classer en deux grandes catégories : terrestres et extra-terrestres.
« Dans la première, les Russes venaient en tête, suivis de 1'X-F-5-U-1 de la Marine, surnommée «la crêpe volante », construite en 1942 par I'ingénieur Zimmermann. C'etait une aile lenticulaire, qui ressemblait davantage à un disque qu'a un avion. Aux essais, les témoins avaient vu avec stupéfaction le prototype s'élever presque à la verticale, planer quasi immobile sans craindre la perte de vitesse, atterrir a 60 km/heure, mais aussi foncer à plus de 700 à l'heure. Quant aux évolutions, elles avaient semblé extrêmement aisées.

« Néanmoins, le projet fut abandonné, et la construction en série ne fut pas entreprise, la "crêpe volante" s'étant révélée trop instable. Le souci de ne négliger aucune hypothèse me fut démontré par une note personnelle du "patron" de 1'A.T.I.C. à un spécialiste civil:
« êtes-vous absolument certain·que la Marine ait mis le X-F-5-U-1 au rebut? Dans la seconde catégorie, il y avait les astronefs. Mais trés vite cependant, parce qu'elle dépassait l'entendement, l'hypothese interplanétaire fut releguée au second plan. L'enquête se concentra sur l'U.R.S,S. et prit un caractère plus méthodique.
« Les services spéciaux américains n'avaient pas oublié qu'à la fin de la seconde guerre mondiale, les Allemands tentaient de mettre au point de nouvelles armes secrètes. Ils en étaient encore au stade preliminaire. Mais les Russes avaient pu mettre la main sur un certain nombre de plans et d'ingénieurs... »

Les Russes ont-ils améliorés les V-7 Allemands ?

C'est ce que révéla un technicien allemand, réfugié en Egypte, Richard Miethe, qui affirmait avoir participé à sa mise au point :
« Si des disques volants évoluent dans le ciel, j'ai la prétention de dire qu'ils ont eté construits en Allemagne, mis au point sous mes ordres, et problablement reproduits en série par les Russes. »
C'est le.17 mai 1944 que le « V - 7 » aurait effectue sol premier vol. Depuis avril 1943, dans les laboratoires de Stettin, Dortmund, Essen et Peenemünde, un groupe de techniciens allemands avaient travaillé à la mise au point d'un hélicoptère discoïdal, le "Vergeltungswaffe Sieben" (arme de represailles no 7, par abréviation :le "V-7"). Le jour même de ses premiers essais, l'inventeur adressa un rapport a Hitler, un rapport qui donne d'intéressantes précisions :
« Aujourd'hui, en présence des trois colonels de la Luftwaffe soussignés, a été expérimentée sous ma direction le "Vergeltungswaffe Sieben." Le "V-7", hélicoptère supersonique, équipé de douze turbo-réacteurs BMW - 028, munis de compresseurs autonomes à six etages, a atteint une première fois l'altitude de 20 803 mètres, et au second essai, 20 420 mètres. Aux essais terrestres, le moteur-pilote développe 5500 cv; sur l'arbre, et 2 600 kg de pression additionnelle. En vol : 5 400 cv; et 2 900 kg.

Cet appareil présente tres exactement la forme d'un disque olympique, c'est-à-dire un immense palet de forme circulaire, de 21 mètres de rayon. n a fallu plus de vingt mois d'expérience et d'incalculables essais qui ont entraîné la mort de dix-huit pilotes pour parvenlr à le mettre au point.
Ses caracténstiques sont les suivantes: propulsion à réaction par 12 turbines a l'intérieur d'un anneau métallique tournant autour de la masse centrale. Ni flammes ni fumée visibles, les gaz de combustion étant récuperés par un système spécial mis au point en 1938 par un ingénieur britannique. Le rayon d'action de l'engin, avec une consommation de 22 m3 de gaz d'helium comprimé est de 40 000 km, approximativement le tour de la Terre. Sa vitesse est d'environ 2 500 km à I'heure. »

Réalisant la gigantesque portée de cet appareil, Hitler décida d'en entreprendre la fabrication en série dans les usines souterraines du sud de 1'Allemagne Mais il était trop tard ! Déja le IIIeme Reich sombrait dans la debâcle.
Une copie des plans se trouvait au domicile personnel de Keitel, à Bad-Gandersheim, près de Hanovre. Les Américains, lors de leur avance, ne purent les retrouver. Plus heureux, les Russes mirent la main sur les moteurs mêmes et sur trois des ingénieurs qui les avaient construits.
Ils emmenèrent le tout en Russie !

les conclusions de la C.I.A.

Alors? Les soucoupes volantes étaient-elles des engins de reconnaissance russes, dérivés du « V - 7 », et défiant toute interception en raison de leurs fantastiques performances ?
La crainte était d'autant plus justifiée que l'on voyait surtout les soucoupes volantes au voisinage du centre d'essais de Murdoc, du terrain militaire de White Sands et des usines où l'on fabriquait les bombes atomiques. Oue cherchaient ces espions du ciel? Au début de novembre, la C.I.A. entra en action : tous ses agents opérant en Allemagne et en Europe de 1'Est reçurent une mission impérative : découvrir le plus rapidement possible le degré d'avancement des différents projets allemands tombés aux mains des Russes, ou toute invention soviétique dans le domaine aéronautique permettant de réaliser des performances comparables à celles attribuées aux soucoupes volantes.
Quelques semaines plus tard, les rapports commencèrent de parvenir à la direction de la C.I.A. Les ingénieurs calculèrent les performances maximales que l'on pouvait realiser à partir des plans qui leur étaient transmis. Ils prirent des contacts avec des constructeurs.

Ceux-ci furent catégonques. "Aucun avion ne pourrait accomplir les manaeuvres attnbuees aux U.F.O." Interrogé, le laboratoire médical de 1'U.S. Air Force fit une reponse qui allait dans le même sens: « L'organisme humain est incapable de résister à de telles maneuvres. » Les constructeurs améncains affirmèrent en plus qu'aucun metal ou alliage connu ne pouvait supporter les charges imposées par ces manoeuvres, et la chaleur développée aux vitesses élevées.

La conclusion qui ressortait de tout cela etait formelle : les soucoupes volantes n'étaient pas de construction terrestre, et, a fortiori, soviétique. A 1'A.T.I.C., où l'on était plus que jamais convaincu de l'existence des soucoupes, on revint donc à l'hypothèse interplanétaire :c'tait désormais la seule qui pouvait s'accorder avec les centaines de témoignages qui s'accumulaient dans les dossiers.
Plus que jamais, il apparaissait necessaire que l'A.T.I.C. disposât de moyens plus importants pour continuer son enquête. Le 30 décembre 1947, un décret signé par James D. Forrestal, secrétaire d'état à la Défense, donne satisfaction au « patron » de l'A.T.I.C.; il institue une commission d'enquête et d'étude des objets volants non identifies. Cette commission prend pour nom de code : "Project Sign".
Six mois après l'aventure de Kenneth Arnold, I'U.S Air Force s'attaque officiellement au mystère des soucoupes volantes. Trente Ans ont passé. Les commissions d'enquête américaines se sont succédé, affirmant tour à tour que les U.F.O. étaient des vaisseaux interplanétaires ou des phénomenes naturels encore inexpliqués. Un grave problème se posait aux responsables de la défense américaine : éviter que populations ne s'affolent en découvrant que l'espace aérien des états-Unis n'était pas à l'abri d'une incursion ennemie, en dépit des enormes moyens de détection et d'interception dont était dotée I'U.S. Air Force. D'où ces volte-face successives.
Le « Project Sign », dont les conclusions allaient en faveur de l'hypothèse extra-terrestre, fut relayé, le 11 février 1949, par le « Project Grudge », qui s'attaqua surtout à détruire la « psychose » des soucoupes volantes. Les témoignages ne furent plus çommuniqués à la presse. Mais les rapports d'observation n'en continuèrent pas moins de parvenit a l'A.T.I.C. à la même cadence.

En mars 1952, le «Project Grudge» fut remplacé par le « Project Blue Book ». La direction en fut confiée a u capitaine Kuppelt, ingénieur en aeronautique « dans le civil ».
Ruppelt donna une très grande efficacité à cette commission. Très vite, celle-ci en revint à la conclusion initiale: les U.F.O. étaient des engins interplanétaires. D'où nouvelle contre-attaque des opposants avec la création, en 1967, du comité Condom.


Celui-ci, qui avait pour mission officieuse de démolir une fois pour toutes les U.F.O., deposa son rapport le 9 janvier 1969. C'etait un model de contradictions : bien que reconnaissant que 12 cas sur les 90 qu'il avait examinés n'avaient pu être expliqués, le professeur Condom n'en avait pas moins péremptoirement conclu que les U.F.O. n'existaient pas !
L'U.S. Air Force hésita longtemps avant de faire siennes ces conclusions plus que contestables. Elle s'y résigna au bout d'un an, prononçant en même temps la dissolution de l'encombrant « Project Blue Book ». Elle avait enfin trouvé une porte de sortie pour échapper à ses carences, bluffs et contradictions. Depuis décembre 1969, il n'y a plus de commission offi- cielle d'enquête sur les U.F.O. en Amérique.

le Collège invisible

Mais des scientifiques ont pris le relais, un peu partout dans le monde, constituant entre eux ce qu'ils ont appelé: « le Collège invisible ». Car si certains n'ont pas hésité à prendre position au grand jour, d'autres préfèrent conserver l'anonymat, craignant pour leur situation professionnelle.
A leur tête, le docteur Allen Hyneck, qui fut le conseiller en astrophysique des différentes commissions d'enquête américaines, qui eut connaissance ainsi de tous les dossiers, et qui dénonça vigoureusement le bluff et la mauvaise foi du rapport Condom.

Autour de lui, on peut citer: James McDonald (décédé depuis), David Saunders, tous deux démissionnaires du comité Condom, Jacques Vallée, ingénieur français établi aux Etats-Unis, qui participa au programme "Apollo". Pierre Guerin, maître de conférence à l'institut d'astrophysique de Paris, Claude Poher, chef de la division « Engins » au Centre national d'études spatiales de Toulouse. Si, trente ans après la rencontre de Kenneth Arnold et des neuf disques du mont Rainier, le mystére reste à peu près entier, l'étude scientifique entreprise depuis quelques annees a apporté un certain nombre d'élements, qui aide- ront à percer le secret de ces O.V.N.I., dont l'activité se poursuit selon un plan d'exploration qui semble se dessiner mieux de jour en jour.

Surveillance ?

Pourquoi les soucoupes voiantes ont-elles surgi massivement dans le ciel americain à partir de ce 24 juin 1947 ?
Depuis des siècles, de mysterieux objets celestes avaient étés signalés par intermittence en différentes parties du globe. Puis survint la Seconde Guerre mondiale avec, au cours de sa phase finale, les gigantesques incendies nocturnes de villes entieres, bombardees par l'avation alliée.

C'est en 1945 qu'apparaissent au-dessus de l'Allemagne et du Japon, ces «chasseurs fantômes », petites sphères lumineuses qui escortent les avions des différents belligérants à tel point qu'Améncains et Allemands se soupçonneront réciproquement d'avoir inventé une arme nouvelle.


Après les premiers essais atomiques dans le Nevada, puis Hiroshima et Nagasaki, les U.S.A. poursuivent leurs expriences nucléaires. De nombreux essais ont lieu en 1946. Dans le même temps, les usines atomiques se multiplient.
Pendant cette periode, les soucoupes volantes apparaissent en nombre, et le plus souvent en formations, sur I'ouest des états-Unis comme si un mystérieux signal avertisseur les avait alertées à travers l'espace. On les voit au-dessus des regions où se sont déroulé les essais et où sont installées les usines qui fabriquent les bombes : Los Alamos (la plus souvent survolée), Oak Ridge, Hanford, New-Port, Indiana.
D'autres objectifs semblent intéresser également les visiteurs : les bases aériennes et surtout le centre de lancement des fusées de haute altitude installé à White Sands, où, à plusieurs reprises, des U.F.O. de 35 mètres de diamètre, volant à 23 000 km/heure et 90 kilomètres d'altitude, viennent tourner autour des fusées en pleine ascension, comme pour les flairer. En cette année 1947, leurs apparitions sont concentrées sur quatre états de l'ouest des Etats-Unis : Idaho, Oregon, Nevada, Alabama.
Au cours des années suivantes, on assistera, semble-t-il, à une sorte de reconnaissance génerale des états-Unis, puis de i'Europe occidentale qui connaîtra - la France en particulier - la grande vague de 1954, au cours de laquelle furent signalés des atterrissages avec apparition de petits humanoïdes.
Entretemps, une très nette recrudescence avait été enregistrée au moment où débutèrent les lancements de satellites artificiels.
Pour certains soucoupistes, ce ne serait donc pas le fait du hasard si l'invasion des soucoupes volantes s'est déclenchée en cette année 1947. Selon eux il s'agirait d'une phase nouvelle et renforcée de la longue surveillance dont la Terre serait périodiquement l'objet depuis des siècles. Une surveillance qui n'aurait été que simple routine jusqu'à ce matin du printemps 1945, où 1'éclair de la premiére explosion atomique déchira le ciel du Nevada...

Charles Garreau.

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